Juliette Gréco : "La musique commerciale est comme la nourriture industrielle"

Juliette Gréco : "La musique commerciale est comme la nourriture industrielle"©Abaca

Sébastien Jenvrin, publié le 5 janvier

Actuellement en tournée d'adieu, la chanteuse de 88 ans s'est confiée longuement à Télérama, évoquant son parcours et la société française.

"C'est très dur. C'est très compliqué pour moi. C'est très douloureux", confiait Juliette Gréco il y a un an au micro de RTL, au moment d'annoncer son ultime tournée débutée au printemps 2015. Et pourtant, "il faut savoir partir joliment". A l'aube de ses 89 ans, la muse de Saint-Germain n'a pas fini de dire au revoir à son public, elle qui se produira le 7 février au Théâtre de la Ville de Paris, le 16 à Abbeville, le 9 mars à Nîmes, le 10 à Sérignan et le 17 avril au Casino de Paris. Dans le nouveau numéro de Télérama, dont elle fait la Une, l'artiste revient sur sa longue existence de chanteuse révélée à la fin des années 1940. Le secret d'une telle longévité ? Le public, qui lui permet aujourd'hui de transcender la douleur du corps. "Dès que le rideau se lève, une force inexplicable surgit en moi et je deviens maîtresse de tout, même de la douleur", explique-t-elle à l'hebdomadaire.

A l'heure de faire le bilan de sa carrière, l'interprète de Jolie Môme déclare : "Je suis montée sur scène poussée par les autres, j'ai chanté comme on joue au théâtre, c'est devenu une raison de vivre, et j'ai passé ma vie à faire des progrès". Mais cette force du public ne l'a pas toujours soutenu. Juliette Gréco se souvient notamment du désamour dont elle a souffert à la fin des années 1960 et au début des années 1970. "Le reste du monde m'accueillait avec beaucoup de chaleur, mais lorsque je rentrais en France, je chantais devant des salles à demi pleines. Chagrin. Sentiment d'inutilité. J'ai failli abandonner...", confie-t-elle aujourd'hui.

Monstre sacré de la chanson française, Gréco ne se reconnaît pas forcément dans les artistes qui font la musique d'aujourd'hui. "Avec la mort de Brassens, de Brel, de Barbara, nous avons laissé filer une exigence du langage - pour ceux-là, une chanson était un travail énorme, des mois de recherche, de l'orfèvrerie. Cette flamme de l'écriture ne s'est pas totalement éteinte, mais elle s'est raréfiée." Et de poursuivre en déplorant l'importance prise par l'argent au détriment de l'art : "La musique commerciale est un peu comme la nourriture industrielle, standardisée. Et la jeunesse est en uniforme, qu'on le veuille ou non. Les mêmes blousons, les mêmes baskets, les mêmes marques..."

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