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SANSEVERINO "Montreuil / Memphis"

SANSEVERINO "Montreuil / Memphis"
"Jouer de la musique en Louisiane, c'est comme manger des croissants à Vienne"

publié le 1 décembre

Sanseverino nous a reçu chez lui, à Montreuil, pour fêter la sortie de son nouvel album. Interview tranquille, dans la cuisine.

Quel a été le déclic sur ce 7ème album ?
L'envie de départ, c'était de jouer sur des chansons très simples, loin des grilles alambiquées de mes premiers albums swing manouche : en gros, sur des plans de bluesman en trois accords. Pour la chanson « Astronaute », j'en avais même qu'un seul, un truc tout droit à la John Lee Hooker. Simplifier la musique, ça fait ressortir la « dramaturgie » de l'histoire. Pour « Montreuil-Memphis », j'ai imaginé une fausse étape du Tour du Monde en vélo : comme la musique déroule, on écoute d'autant plus le texte, mais quand même en claquant des doigts.

Comment tu attrapes tes chansons ?
Ca commence par une grille d'accords que j'enregistre sur mon ordinateur, avec une rythmique de batterie derrière, après j'ajoute un petit solo ou un riff. Je monte comme ça mon petit groupe vite fait et je fais tourner en boucle. En général, ça me fait vite penser à une histoire.

Le titre « Touche pas au grizzly » : ça fait toujours plaisir de tirer sur les chasseurs ?
Ouais, je voulais surtout éviter les discours basiques du genre « la chasse, c'est pas bien». Le type de la chanson est un chasseur qui se veut écolo et protège une espèce. C'est inspiré d'un film de Werner Herzog, « Grizzly Man », sur un fou furieux américain qui pensait qu'il était l'ami des ours et qui filmait ses allers-retours chez les grizzlys. Sauf que le dernier jour, sa caméra tombe par terre, on entend des grognements : il s'est fait bouffer. Cela dit, quand je vois des chasseurs dans un champ, je klaxonne en passant pour dire aux animaux de se casser. J'en connais aussi des gentils, de chasseurs, y'a pas que des viandards. Et puis faut pas oublier que la chasse, c'est quand même l'ancienne façon de faire les courses. Je tape juste gentiment sur la corporation.

Question loufoque : votre « Enterrement » est vraiment sympa ; ça pourrait ressembler sérieusement vos dernières volontés, cette chanson ?
Il suffit d'habiter à Lafayette ou La Nouvelle Orléans pour avoir ça. Alors pourquoi pas ici, à moins que les instruments soient interdits dans nos cimetières. En tous cas, il est pas interdit de partir de chez soi avec une fanfare : c'est toujours un moyen pour ceux qui restent de faire « glisser la journée ». Aux enterrements, y'a toujours un moment où on boit des coups. Se vider quelques bouteilles de Morgon, c'est quand même une bonne sensation parce que ça peut durer longtemps... S'il y a en plus la crémation, je me demande si on peut tenir sans une petite fiole.

« André », la suite du retour de la vengeance... C'est le quatrième épisode de la série ?
Oui, André, c'est un peu mon Gérard Lambert à moi. C'est le même mec à chaque fois qui évolue, il a des conquêtes, il les perd, on le retrouve quelques années plus tard, il est toujours seul. Cette fois, il a trouvé une femme qui a l'air pas mal victime de sa propre vie. Elle va pas bien, elle mange pas beaucoup... Ils accrochent, on va voir ce qui va se passer après... C'est la mise en place d'André 5. Il y de bonnes chances qu'il revienne dans mes albums jusqu'à la fin. Qui sait, c'est peut-être lui qui m'enterrera.

Vous avez émergé tard, à près de 40 ans, avec votre premier album solo « Le Tango Des Gens »...
A 20 ans, je voulais être comédien. J'ai essayé pendant une dizaine d'années mais ça marchait pas trop. J'ai toujours fait de la musique en parallèle. J'ai eu un groupe de blues rock marrant qui s'appellait Renverse moi chéri, après j'ai joué avec d'autres gens, en sideman. Puis il y a eu les Voleurs de poules, dans les années 90, à l'époque ou il y avait une grosse demande pour les groupes qui jouaient dans les bars. Je suis ravi que le succès soit arrivé tard pour moi : si j'avais eu 20 ans, j'aurais eu plus de mal à rester entier, dans mes choix et par rapport aux demandes des maisons de disques. Là, je peux vraiment décider des journaux ou des télés que je fais ou pas.

« Pas à Lafayette », c'est d'après une histoire vraie ?
Oui, c'était à l'époque de l'ouragan Katrina. On a fait un concert-collecte avec Cabrel, La Grande Sophie et d'autres... On devait faire une suite en Louisiane mais les artistes avaient plus de disponibilités : du coupn je me suis retrouvé tout seul à y aller. L'Ambassade voulait pas nous aider pour les visas et aux US, il faut une carte de la guilde des musiciens pour pouvoir travailler. Il fallait que je passe la douane avec mes deux guitares dans le dos en disant « Salut, je viens en vacances », que le techniciens passent pas en même temps nous, tout un tas de galères... Je les ai envoyés bouler. Dans l'équipe, tout le monde a regretté parce que jouer de la musique en Louisiane, pour nous, c'est un peu comme manger des croissants à Vienne.

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