Renan LUCE, nouvel album
En écoute
24 mai 2019
Gaëtan ROUSSEL "Trafic"
En écoute
27 septembre 2018
JAIN "Souldier"
En écoute
29 août 2018
Marc LAVOINE "Je Reviens A Toi"
En écoute
18 mai 2018
Hailey TUCK "Junk"
En écoute
07 mai 2018
HER : premier album
En écoute
06 mai 2018
FEU ! CHATTERTON "L'Oiseleur"
En écoute
04 avril 2018
SLIMANE "Solune"
En écoute
29 janvier 2018
Camila CABELLO "Camila"
En écoute
22 janvier 2018
EMINEM "Revival"
En écoute
23 décembre 2017
SANSEVERINO "Montreuil / Memphis"
En écoute
01 décembre 2017

Renan LUCE, nouvel album

Renan LUCE, nouvel album
Renan Luce : "l'orchestre a apporté de la lumière"

publié le 24 mai

Plus d'intimité, d'introspection : son quatrième opus, marqué par la séparation, trouve son souffle dans la forme orchestrale. Aparté avec un Renan Luce entre ombre et lumière, à l'étage d'une brasserie parisienne.

5 ans en moyenne se sont écoulés entre tes derniers albums : le carton de ton premier album t'a-t-il tranquillisé pour la suite ?
Pas vraiment. Je suis plutôt travaillé par le doute : j'échafaude, avec des temps d'arrêts. Je me pose souvent des questions, parfois trop. Je passe aussi beaucoup de temps sur les routes, en tournée après chaque album. Dernièrement, il y a eu également ce spectacle chanson-théâtre « Bobines » monté avec mon frère Damien. Le temps de me remettre à écrire, de laisser à la vie le temps d'imposer ses événements, de les recevoir, de les digérer...

On ressent ce disque comme ton album le plus profond, personnel : comme si tu passais des petites histoires aux grandes questions...
C'est certain, j'ai été happé par les tourments du cœur : la séparation affective m'a confronté à cette place dans le petit monde que je m'étais construite jusqu'à présent. Et renvoyé à des questionnements que je n'avais pas avant. Dans les albums précédents, j'avais tendance à me réfugier derrière des histoires, des personnages, des portraits. Il était l'heure d'ouvrir cette nouvelle porte, ça m'a libéré.

Comment est venue l'envie d'un album orchestral ?
Petit à petit. Je portais en moi un amour de cette forme, c'est la musique qui m'a accompagné depuis l'enfance : Brel, Bécaud, Aznavour, Montand... Quand j'ai commencé à écrire ces chansons, elles avaient une dimension tellement intime : j'ai senti que le poumon de l'orchestre pourrait vraiment porter ces émotions, comme la plus belle des caisses de résonance. Le fait d'avoir composé au piano cette fois-ci a amené aussi plus de lyrisme à l'ensemble.

L'ambiance en studio, studieuse ?
Les parties d'orchestre ont été enregistrées à part, en deux jours. J'avais une idée très précise de ce que je voulais donc je suivais de près les partitions. En amont, on s'était attelé chanson par chanson avec Romain Trouillet l'orchestrateur à servir au mieux la mélodie et le texte. Je ne voulais pas d'un orchestre passif, qui fasse tapisserie, mais vraiment installer comme un dialogue à l'intérieur des chansons. Au fur et à mesure de l'écriture, j'avais l'impression de faire un album assez plombé. Heureusement, l'orchestre a apporté de la lumière. Je demandais souvent à Romain de rajouter des «fusées» (les grands traits de violons qui annoncent un refrain), je souhaitais un l'album avec de l'allant, même dans les tempos lents.

Ce choix d'un portrait flou sur la pochette, est-ce un parti-pris esthétique, le reflet d'une période personnelle troublée ?
Là encore, l'idée était simple : je voulais quelque chose de très frontal, brut, pour ne pas tomber dans le cliché de l'orchestre : le costume, le crooner.... Cette photo est sortie spontanément, avec son atmosphère un peu fiévreuse, cette main sur le cœur prise sur le vif. Elle m'a parlé d'emblée, par sa vérité : le maître-mot sur ce projet.

Parmi les titres les plus émouvants, « Berlin », comment est-il né ?
Ce weekend à Berlin a vraiment eu lieu avec ma fille et sa maman peu après notre séparation. Nous étions là tous les trois, présents, à préserver une relation vivante, intacte. Au retour, ce parallèle entre la ville et cette étape de ma vie m'a frappé - était-ce un hasard, un signe ? Avec cette chanson, j'espère avoir trouvé l'élan pour faire honneur à la profondeur des sentiments. Elle m'a permis aussi de traverser cette période difficile avec bienveillance.

La chanson la plus sociale : « On s'habitue à tout »...
Le texte rebondit entre des observations légères et des grands sujets. C'est à l'image de notre monde. En scrollant sur nos téléphones, on passe en deux secondes d'un chat qui se casse la gueule à des questions fondamentales comme les migrants. C'est difficile dans ces conditions d'agripper quelque chose, de savoir quand s'offusquer. Dans la forme musicale, le choix d'un boléro pour cette chanson s'est vite imposé : comme les couplets fonctionnent comme des listes, j'avais une envie d'addition sonore progressive, jusqu'au refrain.

« Le Point Nemo » : dans cette époque « speed » et technologique, le tentation est grande de prendre le large...
J'ai écrit cette chanson peu après l'élection de Donald Trump, un peu désabusé sur l'espèce humaine, comme si on n'apprenait jamais du passé : on a parfois la sensation que l'histoire se répète, qu'on est un peu irrécupérables. Je trouvais beaucoup de poésie à ce concept géographique, en plein milieu du Pacifique. C'est aussi un clin d'œil à ma passion de la mer, des bateaux, de la course à la voile.

As-tu une méthode d'écriture, des rituels ?
J'aimerais bien mais cela reste mystérieux : parfois je m'organise exprès des plages de solitude pour écrire et... ça ne fonctionne pas du tout : je me retrouve tétanisé par l'objectif fixé. Ailleurs, un rien sur un coin de table suffit à enclencher une bonne idée. Généralement, ça fonctionne en deux temps : d'abord une idée instinctive, comme la sensation qu'il y a là un fil à tirer. Ensuite vient le travail artisanal, plus méticuleux, sur les rimes. Tout le jeu consiste à garder, dans une forme très construite, l'émotion de départ.

Un parfum de « flashback » plane sur tout l'album. 39 ans, c'est encore un peu jeune pour la nostalgie, non ?
Encore une fois, la séparation a amené cette phase d'introspection : dans ces situations, on est amené forcément à regarder un peu en arrière, à faire ses petits bilans. J'ai redécouvert aussi au passage que je porte toujours en moi le deuil de l'enfance, de cette forme d'insouciance, de légèreté. Dans « Enfant des champs », j'ai essayé particulièrement de retranscrire ces sensations de l'enfant que j'étais, presque charnelles : de nature, de liberté, ces odeurs, ces bruits, ces mouvements à vélo qui restent ancrés très profondément en moi.

propos recueillis par Jérôme Boyon

Les commentaires sont désactivés pour cette page.