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Gaëtan ROUSSEL "Trafic"

Gaëtan ROUSSEL "Trafic"
"On est tous quelque part à chercher un peu plus de lumière"

publié le 27 septembre

Louise Attaque, Tarmac, Lady Sir, trois opus solo... Gaetan Roussel trace son sillon dans la chanson, pas à pas. Au gré de ses envies et des rencontres. En toute simplicité il vous répond, comme un ami vous passerait les clés de sa nouvelle maison. Interview urbaine, du côté des Grands Boulevards de Paris. Ciel ouvert.

Tu cites souvent ta rencontre avec Bashung à l'époque de son dernier album « Bleu Pétrole »... ça date un peu mais j'imagine que ça a laissé de bonnes traces...
Oui, c'est à partir de là que j'ai réalisé que je pouvais aussi créer pour moi. Avant, je ne connaissais que le travail en groupe - Louise Attaque et Tarmac. Je rongeais pas mon frein, mais naturellement cette expérience m'a ouvert des perspectives. Cela dit, je ne revendique aucun « héritage» par rapport à lui : plein de choses se sont passées en studio à ce moment-là, mais par pudeur, je préfère garder ça pour moi.

Pour « Trafic », tu es parti faire un atelier d'écriture à Los Angeles. Est-ce le point de départ du projet ?
J'en ai fait deux/trois fois dans ma vie, des ateliers. Il y a souvent de l'imprévu, c'est bon pour l'ouverture d'esprit : procéder autrement, rencontrer d'autres gens, ça peut marcher (ou pas). Là, je sortais d'un album [« Orpailleur »] assez renfermé, plus axé sur la matière sonore que la mélodie. A Los Angeles, quelque chose s'est passé : je suis tombé sur deux gars, à qui j'ai fait écouter mes idées de chanson. J'avais envie de lumière, et Justin Stanley et Jonas Myrin m'en ont apporté : l'un, par son enthousiasme, son côté volontaire. L'autre, par son jeu « cabossé » : il m'a convaincu que certains défauts sont bons à garder, qu'ils peuvent servir les morceaux. On est sorti avec deux chansons, j'en ai gardé une, « Le Jour et la nuit », qui ouvre l'album. Parallèlement, j'ai rencontré Dimmi à Paris, mon troisième acolyte sur ce projet...

C'est par les rencontres que tu te réinventes ?
C'est clair que ça apporte de nouvelles couleurs. Dans tous mes projets, je veille à rester moi-même. Ce qui change, c'est les gens avec qui on se met en danger, la manière dont ils entrent dans ta sphère, l'angle que tu prends avec eux. Le cap change radicalement si tu prends un guitariste fou qui joue saturé ou un fan de la guitare nylon. Chacun vient avec sa propre histoire, son propre son.

L'ambiance, en studio ?
Je voulais de bonnes rythmiques. C'est un disque très pop, alors que mes textes, en français, ne communiquent pas toujours directement un esprit joyeux. En studio, il faut trouver le bon tempo : il y a des moments où on se lâche, pour laisser transpirer les idées. Puis la rigueur pour agencer. C'est d'abord un lieu de vie.

« Trafic » : un mot dense, à sens multiples. Est-ce un fil conducteur ou juste un titre pour l'emballage de l'album ?
Y'en a eu des « trafics » pour cet album : « trafic » aérien entre Paris et Los Angeles, « trafic » de sons - les allers/retours avec les disques durs dans mes valises - « trafic » de mots : je triture pas mal mes textes. J'aime cette idée de bidouiller les choses. Trop de trafic, en ville, ça peut être pénible. En même temps, j'aime plonger dedans.

Justement, comment tu te sens dans cette époque ultraspeed, instantanée, surabondante ?
Pas facile de trouver un peu de douceur... le temps nécessaire, de plus en plus précieux. On est pressurisés par la vitesse, du coup on apprécie doublement de laisser mûrir, éclore ce qu'on fabrique. On est tous quelque part à chercher un peu plus de lumière : j'ai vraiment essayé d'ouvrir les fenêtres, les volets, et de laisser l'air entrer, circuler dans ma musique.

Quelques mots sur quelques titres... « Le Jour et la Nuit » ?
C'est à la fois le premier titre de l'album et le premier fini : il donne le ton, avec ce petit piano désaccordé. C'est ce son que j'ai trimballé entre Los Angeles et Paris. La chanson me tient à cœur, avec son côté clair, pas si loin du guitare-voix. J'y utilise aussi des chœurs en anglais, un peu comme un gimmick, un instrument en plus : « never walk away »...

« Hope », chanson-signe d'un album plutôt optimiste ?
Optimiste, je sais pas, mais enlevé sûrement : la musique peut aussi rentrer par les pieds, faire du bien. L'espoir, c'est comme un tout : les notes, les mots, la manière de chanter, la mélodie aussi envoie du positif j'espère.

« Le Début » en toute fin d'album, sentimentale et un peu fanée...
C'est quelqu'un qui regarde au loin, dans un passé plus mélancolique que nostalgique. J'adore regarder dans le rétroviseur, mais c'est toujours pour avancer.

Le duo avec Vanessa Paradis, « Te me manques (et pourtant tu es là) »...
Vanessa, j'avais eu la chance de la croiser sur le titre « Il y a » que j'avais composé pour elle. Je suis très heureux qu'elle soit sur l'album, j'adore sa voix. Avec elle, c'est simple : je lui ai envoyé la chanson, elle a dit oui, elle est venue en studio. C'est beau, quand les choses sont à ce point évidentes, bien définies, quand on sait où on va et pourquoi.

Dans tes textes, tu arrives très bien à dire la complexité de l'humain en restant direct, concret, proche : en deux mots, comment tu fais :-) ? Pour arriver à cette concision...
Je joue pas mal sur des inversions, des répétitions, pour essayer de faire dire aux mots d'autres choses. J'évite de fermer le sens, pour laisser de la place à l'interprétation. Mon choix de mots simples, c'est assez naturel... ça n'empêche pas mon cerveau de turbiner, parfois je finis par demander de l'aide à mon « chutier » (mon stock de phrases, de rimes). Quand je suis bloqué, il m'arrive aussi de piocher une phrase dans un autre texte en chantier. Juste ça et tout s'éclaire, simplement en croisant, en combinant des bouts de texte. Mais c'est vrai, je n'ai pas de paroles qui te prennent par la main d'un bout à l'autre. Le style « il était une fois » à la Souchon - que j'admire par ailleurs, c'est pas donné à tout le monde de raconter aussi bien - c'est juste pas mon truc.

Où va la chanson, dans cette hystérie de rap et de sons urbains...
Je ne crois pas que la chanson soit en mauvaise passe, la caisse de résonance est moins forte voilà tout. Ça reviendra, c'est une affaire de cycles, il faut continuer à faire ce à quoi on croit, et toujours partir à l'aventure, quel que soit le genre auquel on appartient. Et les genres sont très perméables aujourd'hui.

Quels sont les artistes que tu as découverts récemment, les jeunes pousses à suivre...
J'aime bien Hoshi : avant la sortie de son album, on a travaillé sur un titre ensemble, « Je vous trouve un charme fou ». Ce qui me touche en particulier, c'est sa manière de livrer sa musique, très frontale, non négociable : c'est comme ça, point. J'aime les gens qui ont ce nerf, cette tenue. Même ses balades sont très tendues, au bon sens du terme. Cette tension, je la recherche toujours en musique, dans le jeu, dans la voix des gens qui m'accompagnent.

propos recueillis par Jérôme Boyon

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