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CharlElie COUTURE "Même Pas Sommeil"

CharlElie COUTURE "Même Pas Sommeil"
CharlElie Couture : "Je suis un homme de devoir, de travail."

publié le 1 mars

A l'occasion de son nouvel album, de haut vol, aussi lucide qu'inspiré, échange matinal avec un CharlElie retrouvé... du côté de la Gare de l'Est (forcément). En partant de cinq chansons phares.

La plus intime et touchante, « Résister Sister »...
La chanson, comme l'art, ça part de rien, c'est comme une graine, un pollen, un spermatozoïde, ça commence par du ressenti, une histoire vécue, puis ça s'assemble comme des pierres qui constituent un collier destiné à être porté par les autres. Je les réécris parfois jusqu'à 15 ou 20 fois pour que les paroles soient faciles à dire. Certains mots doivent être placés à des points clés, pour rythmer la narration. Dans « Résister Sister », il est question de quelqu'un qui part, d'une relation amoureuse qui s'est nouée, puis d'une séparation, par la maladie peut-être... Dans mes chansons, j'aime à penser que j'en dis beaucoup plus que je ne dis. On pourrait appeler ça la pensée « canard WC », à longue diffusion (rires), pas besoin de donner plus de détails. Dans « Comme Un Avion Sans Aile » par exemple, le public ne sait pas forcément ce que ça raconte mais le ressent, tout simplement.

Musicalement, c'est un blues, un style qui revient souvent dans ta discographie...
Sur le plan musical, je m'attache d'abord au « flow », au « beat », au fait de rythmer, de stancer l'écriture. Je pratique surtout des tempos moyens, qui permettent de rentrer plus facilement dans la narration. C'est vrai, ça s'apparente souvent au blues. Pourquoi ? Le blues, c'est une forme d'interrogation sans fin, itérative, sans réponse. Quand le bluesman raconte son histoire, il s'adresse à un témoin invisible. C'est une quête par rapport à soi. Avec les trois accords de base du blues, on peut aussi jouer comme avec les trois couleurs primaires en peinture. Cela dit, comme j'ai une culture piano classique au départ - Debussy, Ravel, Fauré - je rajoute des harmonies un peu biscornues. La structure du blues à 3 pieds, j'ai commencé vraiment à l'assumer en 1996 à l'époque du disque « Casque Nu », enregistré à Chicago. Je me suis dit : mon E=MC2 musical, c'est quand même le blues. Avec en plus une structure narrative particulière, moins traditionnelle, moins répétitive - il y a très rarement des refrains dans mes chansons. Dans tous les cas, je ne pars pas d'un système mais d'une intention, d'une envie, qui se développe par le travail. J'agis avant de réfléchir : « do it and let you see what to do with it ».

La plus pêchue, "Même Pas Sommeil"...
Celle-ci, c'est un hommage à « Il est 5h, Paris s'éveillle » de Dutronc / Lanzmann. Je revenais de New York, ce titre passait dans le taxi : je regarde l'heure, il était 5h et demie et je me dis c'est pas du tout le même Paris : les Uber ont remplacé les « balayeurs plein de balais ». Je me suis amusé, comme une pochade, à écrire la suite : 5h et demie, 6h, 6h et demie, le jour se lève et ça finit dans les embouteillages. J'avais pas encore pris la décision de revenir habiter en France, c'était aussi une manière de renouer avec la culture française.

La plus planante, « Ode à l'Est » ...
C'est plus un poème musical qu'une chanson, en deux parties : la première version arrangée plus à l'occidentale et la deuxième plus orientale, vu qu'il n'est question pas seulement de l'Est de la France, mais aussi de l'Orient. L'idée, c'est d'essayer de s'élever un peu au lieu de rester dans les lieux communs qui traînent sur l'Est. Quand je dis « Ils manient la pioche comme l'ironie », je pense forcément à ma région natale, la Lorraine, où les gens sont de tempérament assez intérieur. Je me suis structuré sur ce terreau lorrain : je suis un homme de devoir, de travail. Chez moi, on disait : tu peux être un artiste, du moment que tu bosses autant qu'un ouvrier.

« Seul et Unique », la plus spirituelle...
C'est ma réponse à cet Islam fou, qui a tenté d'imposer son système depuis 15 ans, comme un diktat. Le Bataclan, ça m'a scié. Et Daech, cette excroissance tarée, née d'une surpuissance liée à l'argent du pétrole. Si on veut imaginer un seul Dieu - ça peut être un père, un guide, un seigneur, quelqu'un qui vous rassure, qui vous donne la force de vous remettre en question - pour moi c'est celui qui s'est fait Homme avec un grand H, dans l'Humanité, l'ensemble des molécules qui constitue l'ensemble des humains. Ce qui compte, c'est que les gens soient reliés - c'est ça le principe, l'etymologie de la religion - peu importe par quel dieu, quelle foi ou même quelle équipe de foot.

La plus écolo, « Toi, ma descendance »...
Cette chanson, c'est la raison pour laquelle je me devais de faire le disque. Quand j'ai enregistré l'album précédent, « Lafayette », en Louisiane, je ne pouvais traiter ces questions écologiques avec la même gravité sans être taxé de pessimiste, de râleur. Aujourd'hui, les preuves, les chiffres sont là : 12 000 vols passent au-dessus de la France tous les jours, les 30 plus gros tankers polluent autant que toutes les voitures de la planète. A côté, ces histoires de taxe sur le diesel, c'est un pet sur une plage. C'est angoissant, je croise des jeunes couples qui ne veulent pas faire d'enfants par peur de l'avenir du Monde, c'est triste aussi. Cela dit, j'aurais pu gueuler, traiter certains politiques de connards, j'ai choisis de le dire gentiment, en douceur dans la chanson, en m'adressant aux générations d'après.

propos recueillis par Jérôme Boyon

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