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Bernard LAVILLIERS "5 Minutes Au Paradis"

Bernard LAVILLIERS "5 Minutes Au Paradis"
Le chanteur « politique » s'est confié à nous au Mecano, son bar de quartier parisien

publié le 7 décembre

En prise sur une actualité sombre (attentats, djihad, migrants, guerre économique), Bernard Lavilliers nous offre l'un de ces disques conscient, âpre, poétique... et lumineux dont il a le secret.

Comment vous vous êtes lancé dans cette nouvelle aventure ?
Tout a commencé par « C'est la guerre et c'est l'été » : une première chanson écrite sur la guerre en Syrie, qui m'a mené à une deuxième sur la mer et les migrants, « Croisières méditerranéennes ». Je n'ai pas gardée la première sur l'album mais l'esprit était là : prendre le pouls du monde, transcrire sa tension. Quand il se passe des choses terribles, il faut toujours que j'écrive dessus. Puis j'ai mis en musique le poème guerrier de Pierre Seghers qui ouvre l'album, « La Gloire ». Ensuite, j'ai déroulé.

Avez-vous une discipline d'écriture, des rituels pour vous maintenir dans la créativité ?
J'écris toujours des phrases... Souvent la nuit... Sur un carnet, je note des trucs, pas forcément des rimes, juste pour m'en souvenir, surtout si ça sonne. C'est une sorte d'obsession. J'ai tellement peur de ne plus pouvoir écrire que j'écris tout le temps. Pour ne pas perdre la main. C'est pareil pour la guitare.

Pourquoi ce choix de « Charleroi » pour incarner toutes ces villes en crise, oubliées ?
Charleroi ressemble à une autre ville que j'ai bien connue : Saint-Etienne. Quand j'étais en usine, en 1963, il y avait 7 000 ouvriers, quand je suis parti il n'en restait que 1 500. Pendant que l'équipe de foot montait, la ville déclinait. Pareil pour Détroit aux US ou Longwy. Cette chanson, c'est l'histoire de l'Est de la France, quand les laminoirs, les hauts fourneaux, le travail, sonts morts progressivement. C'est terrible pour quelqu'un de voir sa ville disparaître. Deux de mes musiciens - mon trompettiste-guitariste et mon bassiste - sont nés à Charleroi. On en a parlé, j'ai écrit. Ces villes ne méritent pas ça, leurs habitants non plus. C'est hélas la marche du monde : d'un côté la Silicon Valley, de l'autre l'industrie de l'acier bradée en Inde ou en Chine. Je ne suis pas l'Abbé Pierre. Je chante pour ces travailleurs-là depuis les années 80, parce que j'ai été lamineur sur métaux. Je suis du peuple, c'est ma famille.

Sur cet album, on ressent un peu moins votre tempérament de voyageur. L'envie d'ailleurs est-elle toujours aussi présente ?
C'est trompeur, j'ai écrit cet album au Brésil. Habitant pas loin du Bataclan, j'ai vécu ici les événements de novembre mais je suis parti peu après dans la jungle, chez le roi Raoni, le chef du peuple Kayapo. On n'écrit pas bien sur la mer en face de la mer, c'est dans le métro qu'on imagine le mieux la mer. J'ai écrit sur le manque. Il fallait de la distance : si j'étais resté à Paris, j'aurais écrit « Vendredi 13 » sous le coup de l'émotion, sortez les mouchoirs... Je suis resté très froid sur le 13 novembre. Je suis un dur, pas un romantique, j'analyse les choses, en chanteur politique.

Il y a quand même la sensualité de « Muse » : y-a-t-il une femme derrière ce titre...
« Muse », c'est une chanson sur l'inspiration. C'est effectivement un mot féminin, quoique maintenant avec les nouvelles règles... En tous cas, il a été beaucoup plus naturel pour moi d'écrire « Paris la grise » ou « Montparnasse-Buenos Aires » à Rio qu'à Paris.

Deux chansons nostalgiques...
On est tous nostalgiques à Paris : c'est la plus belle capitale du monde, et en même temps les Poètes ne sont plus là. Il nous reste les quais de la Seine, Paris n'est pas encore un musée. Dans les années 20, les plus grands artistes y étaient tous : Hemingway, Soutine, Maïakovski... Aujourd'hui, nombre de gens vivent braqués sur leurs ordinateurs. Que reste-t-il de la poésie ? Qui y est sensible, dans un monde de brokers et d'algorithmes...

A l'écoute de cet album, on est frappé par sa gravité : l'époque que nous vivons est-elle si effrayante que ça ?
Combien de morts, la guerre de Syrie : 400 000 ? Nous vivons un tempsterrible, inquiétant : la montée de l'extrême droite, plusieurs pays se referment. Comme disait Mitterrand : « le nationalisme, c'est la guerre ». Le pire peut revenir à tout moment...

Vous terminez heureusement sur un rayon de soleil avec « L'Espoir », en duo avec Jeanne Cherhal...
Comment voulez-vous être amoureux, écrire une chanson, créer, si vous n'avez pas d'espoir ? Je me fais pardonner avec ce morceau, en fauchant au passage la superbe formule « Le Soleil se lève aussi » à Hemingway. La lumière, l'espoir, c'est aussi, avant tout la musique, cet art abstrait qui n'a pas besoin de traducteur. Vital.

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