3 questions à YAEL NAIM

3 questions à YAEL NAIM©photo : Julien Mignot

publié le 21 mars

Conçu comme un voyage intérieur, son nouvel album « nightsongs » séduit par ses envolées vocales , sa poésie, son naturel. Yael Naim nous met sur la piste de son aventure musicale la plus personnelle.

êtes-vous un oiseau de nuit ?
J'ai toujours apprécié de travailler la nuit. C'est encore plus vrai aujourd'hui, avec la vie de famille. Une fois les enfants couchés, j'aime rentrer dans mon espace. Ce projet, « nightsongs », a commencé par une sensation que j'ai eu il y a 3-4 ans, une envie, une intention, que j'avais au fond de moi dès mon premier album : un besoin de refermer les portes, de créer ce lieu de silence et voir ce qui pourrait en sortir. D'ailleurs, les albums que je préfère sont ceux dans lesquels on plonge, en profondeur : « Carrie & Lowell » de Sufjan Stevens m'a accompagné pendant la composition. J'avais envie de cette immersion totale. De plus, la nuit est le moment où notre inconscient est véritablement actif. C'est injuste de considérer l'obscurité en négatif, notamment ce qui vient de l'intérieur de nous. Au contraire, il faut s'attacher à jouer avec notre part d'ombre, notre face cachée, notre invisible.

D'où vient ce sentiment d'élévation, presque sacré, qui traverse une bonne partie de l'album : de votre goût pour la voix ? de la beauté des arrangements choraux ?
Pour moi, la voix, c'est justement ce premier lien avec notre inconscient, notre son naturel, celui qu'on joue d'instinct, sans instrument, sans besoin d'un apprentissage. Comme le bébé pousse son premier cri. C'est la matière que je préfère travailler musicalement. Les harmonies chorales, c'était l'occasion de renouer avec ma culture classique. La rencontre avec l'ensemble vocal Zene a fait le reste : je les ai découverts lors d'une carte blanche à la Philarmonie de Paris, un an après mon album « Older ». C'était très puissant d'écrire et d'entendre cinquante voix interpréter les arrangements que j'avais composés spécialement pour ce concert. Ils sont le seul intervenant extérieur sur l'album : j'ai tout composé, arrangé, produit, j'ai aussi branché tous les câbles, réalisé les vidéos...

Un projet donc très personnel, intime, introspectif...
J'admire la capacité d'un Bach, par exemple dans les Variations Goldberg, à composer de manière très élaborée en partant d'un thème des plus simples. C'est dans cet esprit que sont venus, d'un trait, plusieurs titres de l'album (« A bit of », « Miettes », « Des Trous »). Tout le projet repose en fait sur une question centrale, un classique de l'approche de la quarantaine : si je regarde un jour en arrière, qu'est-ce que je regretterai de n'avoir pas fait ? Je savais depuis toujours que je voulais tenter cet autre voyage musical, sans binôme, sans partenaires. En musique comme en amitié, en amour, parler avec un autre fait ressortir d'autres aspects de nous-mêmes. Pour « nightsongs », l'approche n'était pas d'aller à la fête, plutôt de méditer.

propos recueillis par Jérôme Boyon

Yael Naim "nightsongs" | Tôt ou tard 2020

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