3 questions à LA RUE KETANOU

3 questions à LA RUE KETANOU©Bruno Rascao
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publié le 1 février

Pour fêter la sortie de leur nouvel album "2020", rencontre parisienne avec 3 des 4 membres du collectif La Rue Ketanou - Florent Vintrigner, Mourad Musset et la dernière recrue Pierre Luquet - dans leur bus de tournée, avant leur concert au Cabaret Sauvage.

Votre nouvel album - le 7ème - a pour titre « 2020 » : quelles étaient vos bonnes résolutions sur ce projet, dans quel état d'esprit vous l'avez attaqué ?
Florent : J'ai senti d'entrée un grand état d'esprit d'ouverture : l'arrivée de Pierrot dans le groupe, le fait d'avoir confié la réalisation de l'album pour la première fois à un spécialiste, Nicolas Quéré, on avait besoin de déléguer plus de choses. Pour la préparation du disque, on a été passer une semaine par-ci une semaine par-là dans des villes, quelques pays aussi, avec des copains à nous, qui pour certains se retrouvent sur l'album. Une semaine d'échange, d'écriture en commun...
Mourad : ... de nouvelles rencontres aussi, comme avec Titi Robin à Rochefort sur Loire.
Florent : ... donc cette sensation d'avoir ouvert toutes les antennes, laissé de l'espace. En gros : bienvenue, les gens, chez nous, la Rue Ketanou.
Mourad : Tout ça donne un album itinérant qui s'est construit à Marseille avec Gari des Massilia Sound System, Toulouse avec Mouss et Hakim de Zebda et Rachid Benallaoua d'Origines contrôlées, Stavanger en Norvège avec Stéphane Cadé, Lille avec Loïc Lantoine, au Bénin avec les Ogres de Barback et Eyo'nlé... C'était une semaine par mois, janvier, février, mars, avril, mai, juin...
Pierre : ... et ça se terminait toujours par des concerts en fin de semaine, histoire de régler l'addition. Tout ça était planifié, sous l'impulsion de notre manageuse.
Mourad : on se croise souvent sur la route avec nos copains musiciens des autres groupes mais on n'a pas toujours la possibilité de passer du temps avec eux. C'était l'occasion.

Déjà 20 ans de carrière... comment vous gardez la fraicheur ?
Mourad: 22. On ne joue pas qu'avec La Rue Ketanou, sinon ça finirait pas être une impasse : Florent a un spectacle autour des chansons de Victor Hugo qui s'appelle La Green Box, Pierrot joue avec Transe express, Olivier fait du théâtre avec Lazare, moi je joue avec le collectif 13, Mon Côté Punk. On fait plein de choses autour, pour casser la routine. Et quand vient le moment de se retrouver, on y va. Il faut savoir prendre du champ, sans pour autant se quitter. Ça nous permet d'avoir toujours des choses à se raconter et à chanter quand on se revoit ...
Florent : On est toujours curieux aussi d'apprendre de nouveaux instruments : au départ, c'était juste deux guitares un accordéon, puis d'autres instruments sont arrivés, comme le charango, le banjo...
Mourad : la cagette. On a créé notre propre instrument à percussion avec deux cagettes de pinard d'Anjou simplement retournées : notre premier sonorisateur a placé un micro dedans, et en bidouillant ça s'est mis à sonner un peu comme un cajon ...
Florent : on est surtout pas restés bloqués sur la Rue Ketanou des débuts à trois : Pierrot, Nicolas Quéré, Benjamin Georjon qui nous coache et prépare la liste des chansons qu'on joue sur scène, ça fait autant de nouveaux points de vue. Le meilleur moyen de garder la fraîcheur, c'est d'aller se nourrir des autres.

Le morceau dont vous êtes le plus fier sur cet album, celui qui vous touche plus particulièrement ou a une histoire singulière... ?
Mourad: «Gbaou gbaou», c'est à la fois le point de départ du projet, avec la première résidence, au Bénin, et la chanson qui clôture l'album, avec tous les copains.
Florent: Ce morceau a vraiment une résonance avec nos 20 ans...
Mourad: 22. La précision c'est mon truc... (rires)
Florent : 22 ans de route, et tout le monde est là : les Orgues de Barback avec Fredo qu'on a rencontré dès le début, Mouss et Hakim dont on était archifans, Gari des Massilia, Eyo'nlé, Rachid Benallaoua... la famille.
Pierre: ... tout le monde a participé, ou au texte, ou à la musique, c'est vraiment une création commune...
Mourad: oui, vraiment une belle rencontre, ce morceau, clairement le titre qui fédère le plus sur cet album. A part égales, on est tous dedans. Même Olivier et Gari qui sont pas allés au Bénin ont écrit à partir de ce qu'on leur a raconté de là-bas. Un gros moment de partage.
Pierre : s'il faut choisir un autre titre, je dirais «Je mentirais» : déjà, musicalement, c'est du rock n roll sans batterie sans basse, j'aime bien la démarche. Et puis les paroles jouent sur une jolie ambiguïté, entre le futur et le conditionnel. Les jeux de mots, les rebonds du texte, me parlent vraiment ...
Florent : ... chacun, en fonction de sa conscience met un « s » ou pas à «Je mentirais».
Mourad : Ma rencontre avec le musicien réunionnais René Lacaille a donné la chanson "Chikungunya". Un jour je lui dis : "comment ça va monsieur René ?", il me répond : «René, ça va comme le chikungunya, i' pique, i' pique». Du coup c'est resté, ça a travaillé et voilà... Quand tu écris une chanson, tu te laisses traverser par plein de choses... Il y a un peu aussi de l'imaginaire brésilien à la Chico Buarque, comme à l'époque tropicaliste où la chanson a été un rempart contre les dictatures. La choré, c'est notre manageuse - Stéphanie de Freitas - le cerveau de la bande, qui l'a trouvée. "Chikungunya", ça parle avant tout de liberté, peut-être même un peu de libertinage... (rires). Un moustique brésilien qui parle créole... on mélange tout chez nous, c'est ça l'important.

propos recueillis par Jérôme Boyon

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