Renaud : "certains disent que je suis devenu un chanteur consensuel"

Renaud : "certains disent que je suis devenu un chanteur consensuel"©Lionel Flusin, Getty Images
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Sébastien Jenvrin, publié le 15 mars

A quelques jours de la sortie de son nouvel album, le chanteur se livre sans fard à Télérama, évoquant sa peur de la mort, ses désillusions politiques, ses années noires et sa méfiance vis-à-vis des médias.

Porté par le single Toujours debout, Renaud s'apprête à revenir tel un phénix après dix ans sans avoir écrit de nouveaux textes. Tandis que son nouvel album sortira le 8 avril, l'interprète de Mistral gagnant s'est livré sans concession au magazine Télérama, dont il fait la Une cette semaine. L'enfance, l'alcool, la paranoïa, la politique, les médias... tous les thèmes importants ont été abordés, y compris celui de la renaissance et du délicat retour aux affaires. "A l'automne, à Bruxelles, je suis entré en studio, mais j'étais incapable de chanter. Plus de voix", confie-t-il. Après un check-up complet dans une clinique, le chanteur a consulté un addictologue et a arrêté l'alcool "du jour au lendemain". Six mois sans une goutte, "même pas dans un Mon Chéri", il était prêt à reprendre les choses en main et à se livrer de nouveau aux médias, dont il se méfie toujours, se rappelant que certains l'avaient accusé "d'être un usurpateur, un petit-bourgeois déguisé en loubard".

"Mais allez-y, posez-moi toutes les questions que vous voulez. Je ne demanderai pas à relire", prévient un Renaud plutôt coopératif. Il se souvient alors de son éducation au sein d'une "famille aisée mais pas bourgeoise financièrement - peut-être au niveau culturel". De son père romancier, il a sans doute tiré le goût des lettres. Il se rappelle notamment qu'enfant, il se mettait sur la machine à écrire de son paternel pour écrire "des petits romans ou des chansonnettes sur des musiques de Brassens". Mais la chanson n'était pas sa première vocation. Il voulait être comédien à l'origine. Il se remémore le succès du deuxième album, Laisse béton, et de ses textes engagés dans la France giscardienne. "Avec les années, je fais de moins en moins de textes politiques. Sur le nouveau disque, il n'y en a quasiment pas", annonce Renaud. Le chanteur reconnaît même avoir eu la dent dure dans le passé, notamment avec les flics, dans sa chanson Hexagone, qui aujourd'hui "protègent ses copains" de Charlie Hebdo. "Si je devais réécrire Hexagone, je serais peut-être moins vindicatif, confie-t-il. Sur ce disque, je chantais aussi Société, tu m'auras pas. Quarante ans plus tard est-ce qu'elle m'a eu ? Certains disent que oui, jusqu'au trognon, parce que j'ai gagné pas mal d'argent et que je suis devenu un chanteur consensuel. Mais je me sens toujours libre de mes engagements, et j'espère bien ne pas faire l'unanimité."

Aujourd'hui, sur l'album Toujours debout, Renaud parle de choses plus intimes, d'Héloïse, sa petite fille, et de son fils Malone, âgé de 10 ans. "Les enfants représentent la vie, l'avenir, l'espoir, ils sont dans mon coeur et dans mes textes. En chanson, je n'ai pas de pudeur. Il ne faut pas en avoir. Il faut livrer son âme comme une prostituée livre son cul", déclare-t-il dans les pages de Télérama. Derrière sa nostalgie de l'enfance se cache la peur de la faucheuse : "Pour moi, chaque année qui passe est un coup de poignard dans ma jeunesse, un pas de plus vers la mort". Ces angoisses, ainsi que la disparition d'amis chers - comme Coluche - et les premières grosses déceptions politiques l'ont précipité vers la dépression, l'alcool et la paranoïa. Après un premier retour vers la lumière en 2002, avec l'album Boucan d'enfer, il est retombé dedans. Mais "cette fois, prévient Renaud, ça ne se reproduira pas, le Renard est derrière moi, je ne veux plus jamais le revoir". C'est tout le mal qu'on lui souhaite.

 
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