Pitchfork Festival 2015 : retour sur une première soirée envoûtante

Pitchfork Festival 2015 : retour sur une première soirée envoûtante©Getty Images
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Sébastien Jenvrin, publié le 30 octobre

Le Pitchfork Festival, organisé par le site Internet du même nom, ouvrait ses portes ce jeudi à Paris, à la Grande Halle de la Villette. Un rendez-vous incontournable de la musique indé, qu'Orange Musique a décidé de suivre sur trois jours.

Après quatre éditions exceptionnelles, le Pitchfork Music Festival Paris remet le couvert pour la cinquième fois, avec une affiche qui réunit aussi bien les icônes de la musique indépendante que les belles découvertes. Jeudi 29 octobre, c'est en fin d'après-midi que l'on franchissait non sans une certaine excitation les portes de la Grande Halle de la Villette.

17h30 pétantes : on découvre Haelos sur la "pink stage", un trio londonien qui a eu la riche idée de remettre au goût du jour le courant trip-hop des années 90 (Massive Attack, Portishead). Augmentés de trois autres musiciens sur scène - deux batteurs et un guitariste -, Arthur Delaney (chant), Dom Goldsmith (chant, claviers) et Lotti Benardout (chant) tricotent leurs hymnes dansants et vaporeux avec habileté et parviennent à faire dodeliner une foule pourtant très loin d'être au complet. Mission accomplie pour ce jeune groupe qui avait la lourde tâche d'ouvrir les festivités.

Lorsque Kirin J. Callinan monte sur l'autre scène, le public n'est pas plus dense. Pire, il est tellement impassible devant le rock baroque de l'Australien que celui-ci l'apostrophe d'un "you're so quiet !". Ni l'arrivée surprise de Kevin Parker (le leader de Tame Impala) à la guitare et au chant, ni le débardeur jaune moulant du chanteur n'y changeront quoi que ce soit. Les choses sérieuses commencent avec Destroyer. Il est environ 18h45 lorsque le classieux Dan Bejar, vêtu de son éternel imperméable crème, entre en scène accompagné de ses musiciens chevronnés. Dégaine de dandy, le Canadien commence par l'élégant Bangkok. Se servant du pied de son micro comme d'une canne, il ne tarde pas à séduire la foule en interprétant aussi bien les titres de Kaputt (2011) - le sublime Chinatown, l'intense Savage Night At The Opera - que ceux issus de son dernier album, Poison Season (2015) - le remuant Dream Lover, le très Bowie/Lou Reed Times Square. Le tout dans une ambiance glam, aidée par les notes soyeuses du saxophone.

Ce sera difficile pour Ariel Pink de faire oublier la prestation de son prédécesseur. D'autant que le Californien entame son set avec des problèmes de balance. Déjà que l'acoustique de la Grande Halle n'est pas des plus folles, si les ingénieurs du son s'y mettent, on n'est pas au bout de nos déceptions. Habitué aux concerts loufoques, avec travestissements ou sauts dans le public, le chanteur est plutôt d'humeur sobre ce soir. Ce qui ne l'empêche pas de briller sur les morceaux Bright Lit Blue Skies et One Summer Night. Pas assez pour séduire une foule un poil trop bavarde et visiblement pas intéressée.

On profite d'un petit creux pour aller se restaurer et découvrir les divers stands du festival, entre les bacs à vinyles, les ateliers bijoux et le coin détente avec ses flippers, balançoire et autre table de ping-pong. Pendant ce temps, le groupe Godspeed You! Black Emperor hypnotise la Grande Halle avec ses notes de post-rock planant, parmi lesquelles on reconnaît le cultissime East Hastings, morceau de bravoure présent sur la bande-son du film 28 Jours plus tard.

Mais le plus beau souvenir de cette première soirée est sans conteste l'envoûtante performance dream-pop de Beach House. Le duo de Baltimore, accompagné d'un batteur, livre le concert le plus habité, en piochant des hymnes rêveurs dans le répertoire de ses quatre derniers albums : Teen Dream (2010), Bloom (2012), Depression Cherry (2015) et le tout récent Thank Your Lucky Stars (2015). Entre deux chansons en lévitation, la chanteuse Victoria Legrand - la nièce du célèbre compositeur Michel Legrand - s'adresse au public dans un français impeccable, en profitant pour dire son admiration pour la capitale française. "L'amour existe-t-il toujours à Paris ?", questionne-t-elle ainsi avant d'entamer Space Song, tandis que les jeux de lumière reflètent des étoiles sur le plafond de la Grande Halle. Après une heure et demie de concert, Beach House conclut sur le mélancolique et aérien PPP, qu'il étire jusqu'à l'infini. C'est l'esprit ennuagé et des rêves plein la tête que l'on termine cette première soirée réussie.

 
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