Marc Lavoine : "Je ne veux pas vendre mon âme au diable"

Marc Lavoine : "Je ne veux pas vendre mon âme au diable"©Patrick Swirc, DR
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Sébastien Jenvrin, publié le 16 septembre

Entouré d'Arthur H. et de Coeur de Pirate, l'interprète d'"Elle a les yeux revolver" publie son premier conte musical, "Les Souliers rouges". L'histoire d'une danseuse étoile qui doit faire un choix entre l'amour et la gloire. Rencontre passionnée avec Marc Lavoine.

Entre la musique, le théâtre, la littérature et le cinéma, Marc Lavoine a toujours un projet sur le feu. Celui qui sort ces jours-ci a maturé dans sa boîte crânienne pendant huit ans. Intitulé "Les Souliers rouges", cet album est à part dans la discographie de l'artiste, qui a co-écrit les chansons avec son ami Fabrice Aboulker, sur un projet lancé par le metteur en scène Jean-Paul Goude et le producteur de spectacles Victor Bosch. Ce conte musical, interprété en trio avec Arthur H. et Coeur de Pirate, est inspiré du film "The Red Shoes" de Michael Powell (1948), lui-même adapté d'un conte éponyme d'Hans Christian Andersen (1845). L'histoire du conte originel ? Voici comment la résume Marc Lavoine : "Une jeune fille veut devenir une star de la danse. Elle chausse des souliers rouges magiques, qui la font danser divinement bien, sauf qu'elle ne peut plus les enlever et les souliers dansent malgré elle. Elle va alors danser jusqu'à l'épuisement, traversant des plaines et des forêts. Elle finira par demander à un bûcheron de lui couper les pieds et donnera en guise de rédemption sa vie aux enfants défavorisés." L'artiste de 54 ans a revisité ce conte, intégrant d'autres thématiques, comme celle du trio amoureux et du sacrifice.

Qu'est-ce qui vous a intéressé dans ce conte qui date du XIXe siècle ?Je trouve qu'il a une résonnance avec ce qui se passe aujourd'hui. Et puis, sur le plan personnel, plusieurs choses se sont bousculées dans ma tête pendant des années, que j'ai rattachées à ce conte en le lisant. Très tôt, j'ai découvert "La Beauté du diable" de René Clair, avec Gérard Philipe, un acteur dont la voix m'a longtemps hanté. J'ai aussi été inspiré par "West Side Story", Roméo et Juliette, Faust, Dorian Gray, le mythe du Pygmalion. Autant d'oeuvres que j'ai rattachées aux "Souliers rouges".

Le film "L'Enfer" de Claude Chabrol, dans lequel vous avez joué a été une autre influence...Claude Chabrol m'a fait un cadeau immense en me confiant le scénario d'Henri-Georges Clouzot. Pendant le tournage, l'acteur Mario David, qui avait aussi joué dans le film de Clouzot, me disait "ce type était devenu fou, il me peignait en bleu le matin mais il était génial... 'L'Enfer' était devenu notre quotidien, le titre du film s'était inscrit dans notre peau, dans notre poitrine, dans notre respiration". Le documentaire sur cette oeuvre inachevée montre "Sisi" devenir Romy Schneider, Serge Reggiani devenir fou, Clouzot mourir d'une crise cardiaque... Ce film ne finira jamais, comme les souliers qui n'en finissent plus de danser. C'est là que j'ai tout compris. Je me suis dit "et si 'Les Souliers rouges' devenait une mise en abyme de 'L'Enfer'".

D'où est venue votre fascination pour la danse ?Par ma mère, qui était amoureuse de la danse et m'a donné le goût des gens et de la chose artistique. Mais aussi mon frère, qui a fait de l'histoire de l'art et de la peinture, et allait voir des spectacles. Pas forcément des grands ballets, mais des pièces au Théâtre de la Ville ou au Théâtre Firmin Gémier. Ma fascination est aussi venue d'oeuvres comme le film "Le Bal" (1983) d'Ettore Scola ou le travail de la chorégraphe Régine Chopinot. Mais pour moi, tout est une chorégraphie, la vie est une chorégraphie. Jacques Tati, "La Reine Margot" de Chéreau, la parade du bicentenaire de La Révolution française de Jean-Paul Goude... tout ça c'est de la chorégraphie.

Pourquoi avoir fait le choix d'une musique 100% acoustique et orchestrée ?Pour ce projet je n'étais pas satisfait à la base, car même si les chansons étaient pas mal, je les trouvais dans un habillage contemporain qui ne me convenait pas. Un jour, j'écoute un vinyle de l'album "Revolver" (1966) des Beatles agrémenté d'une version d'Eleanor Rigby uniquement avec des cordes. J'ai pensé direct aux "Souliers rouges" et je me suis dit "si c'est comme ça, je veux bien le chanter". Je me suis rendu compte que ce genre de musique ou, je ne sais pas, Bridge Over Troubled Water de Simon & Garfunkel, tu peux la mettre sur les images du "Seigneur des anneaux" sans problème. Ça marche aussi sur un vieux film en noir et blanc ou une image futuriste. J'ai compris que l'orchestration était la clé de l'intemporalité que je voulais donner aux "Souliers rouges". Enlever la temporalité, ça permettait de toucher un plus large public. Je ne suis pas un artiste, je suis un artisan de mon travail. Quand je fais un disque, quand je joue dans un film ou que j'écris un bouquin, j'essaye de faire attention à mon environnement, à mon public. Je peux me planter, mais si je le fais ce sera avec sincérité.

Votre album est déjà un film pour les oreilles. Cela dit, aimeriez-vous le voir un jour adapter au cinéma ?Je n'y ai pas pensé, mais oui pourquoi pas. Ça peut être un film, un dessin animé ou que sais-je. Mais nous on a fait la bande-originale d'un ballet imaginaire. On a écrit plusieurs autres chansons qui ne sont pas sur l'album. Si le disque marche, vous pourrez les entendre à l'occasion de quelques concerts qu'on pourrait alors donner, avec des images projetées sur grand écran, pourquoi pas. Ou bien, peut-être qu'un jour quelqu'un aura envie de faire des "Souliers rouges" un ballet. Parce que ce n'est pas une comédie musicale, plutôt une tragédie musicale.

Au-delà de la danse, "Les Soulier rouges", c'est aussi une histoire de sacrifice. Avez-vous l'impression d'en avoir fait pour connaître la célébrité ?Non, je n'en ai pas fait et je n'en ferai pas. Je suis à fond dans ce que je fais, je n'ai pas le choix, mais je n'ai rien à voir avec les génies qui vont se couper une oreille. A 54 ans, je veux bien tout, mais pas vendre mon âme au diable.

 
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