EXCLU - Zazie : il faut "injecter un peu de poésie dans la morosité ambiante"

EXCLU - Zazie : il faut "injecter un peu de poésie dans la morosité ambiante"©Abaca
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Sébastien Jenvrin, publié le 16 novembre

Deux ans après Cyclo, Zazie revient avec un nouvel album musicalement moins sombre, mais qui questionne autant notre société et nous invite à vivre pleinement malgré la morosité ambiante. Des propos qui résonnent de manière particulière au lendemain des attentats qui ont touché Paris et Saint-Denis, bien que cette rencontre avec la chanteuse se soit déroulée avant les événements.

Orange Musique : Cyclo (2013) avait quelque peu désarçonné le public pour son côté sombre. Comment décririez-vous Encore heureux par rapport à son prédécesseur ?

Zazie : C'est la suite, en fait. Avec Cyclo, j'avais envie d'avoir ce côté peut-être plus âpre pour les gens, mais c'était très réjouissant pour moi. Et en même temps, il faut accepter que le public ait envie d'entendre du Zazie plus divertissant, dans le sens de se divertir de la morosité plutôt que d'y foncer tête baissée. Cyclo, je l'avais composé toute seule, avant de l'enregistrer dans mon studio avec Olivier (Coursier) du groupe AaRON. Après ce disque, j'ai eu envie de prendre l'air et d'emmener mes deux camarades de travail, Philippe Paradis et Edith Fambuena, ailleurs. Je n'avais pas prévu du tout qu'il soit moins sombre ou plus lumineux. Je pense d'ailleurs qu'il y a autant de questions qui me travaillent dans le nouvel album que dans Cyclo.

Le titre Encore heureux, est-ce lié à l'expression ou à l'idée du bonheur malgré tout ?

C'est les deux. Ça vient de ce côté palpable et post-ado qu'on a quand on fait de la musique et qu'on se dit "encore heureux que l'on puisse prendre cette parenthèse-là, que l'on puisse boire des coups, fumer une cigarette ou injecter un peu de poésie dans la morosité ambiante". De cette manière, on parvient à trouver le bonheur, dans ces petits moments épicuriens que l'on chope au vol.

Sur la pochette de l'album on vous voit penchée au milieu des gratte-ciels new-yorkais. Qu'est-ce qui vous fait tenir debout ?

D'être penchée, justement. On nous dit d'avoir des vies verticales, d'être droit, de connaître une ascension. Je pense qu'il faut avoir une certaine tendresse pour ses imperfections. L'idée de la tour de Pise, c'était évident car elle est certes penchée mais elle tient debout. C'est peut-être ça l'humanité, pas un truc tout droit, mais quelque chose qui s'incline, avec toujours l'idée de se pencher pour mieux regarder l'autre avec tendresse. Soyons imparfaitement nous-même et ce sera déjà pas mal.

Plusieurs chansons de votre nouvel album font référence à l'actualité. Est-ce que vous vous considérez comme une artiste engagée ?

Non. Une citoyenne, plutôt. Je ne suis pas engagée politiquement. De moins en moins d'ailleurs, car je trouve que la gauche et la droite se ressemblent de plus en plus. Après, je suis capable de prendre ma carte d'électeur pour éviter les extrêmes. Si fonction des artistes il y a, c'est plus de ressentir les choses. Car, après tout, nous ne sommes que des impressionnistes du monde. Souvent, nos vigilances sont réelles parce qu'on est dans cette sensitivité-là.

Dans Oui-filles, vous évoquez les différents rôles qui font de vous à la fois une mère, une femme et une fille. Est-ce une chanson féministe ?

Un peu, oui. Je cherchais à faire une chanson qui soit un hymne pour les femmes, toutes les femmes, mais sans exclure les hommes. J'ai eu la chance de naître en France où les femmes ont une certaine indépendance. Le propos n'est pas celui de MLF, mais il y a une idée humaniste en disant toute la complexité des différents rôles du sexe féminin, entre femme, mère et fille. Cette complexité-là, et le fait que les femmes peuvent porter l'humanité, leur donne une certaine puissance, pas du pouvoir, mais de la puissance. Ce qui m'interpelle au quotidien, c'est le courage des femmes.

Votre chanson I Love You All est une réponse aux attentats de Charlie Hebdo. Comment est-elle venue ?

J'ai vécu les événements de manière très palpable car j'étais proche des lieux de l'attentat. Pour une fois, ça n'arrivait pas par l'intermédiaire de la télé. Nous étions tous concernés, c'était très physique. La réaction qu'on a tous eu après le traumatisme a été de nous rassembler. J'ai participé à la marche en famille, avec les enfants. La question qui m'est venue après cet immense rassemblement, c'est "ok, mais maintenant qu'est-ce qui se passe ?". Le titre de la chanson I Love You All est volontairement naïf et baba-cool. C'était ma façon d'espérer que l'élan rassembleur de cette marche demeure et de demander aux gouvernants d'inclure de l'affectif dans le discours politique.

Quels sont vos projets maintenant qu'Encore heureux est sorti ?

La scène, car c'est la deuxième vie des chansons. Si le studio c'est le "in vitro", la scène c'est le "in vivo". C'est festif et c'est aussi un moment de partage et d'amour.

 
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