EXCLU - Yuksek : "Je fais plus du bricolage que de la musique"

EXCLU - Yuksek : "Je fais plus du bricolage que de la musique"©Axel Morin, DR
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Sébastien Jenvrin, publié le 24 février

Figure de l'électro française, Yuksek revient avec "Nous horizon", un nouvel album disco et soul aux couleurs beaucoup plus solaires que son prédécesseur. Pour Orange Musique, le DJ reimois livre les secrets d'un disque qui appelle au voyage et évoque le climat relaxant d'une plage de la Californie.

Cinq ans se sont écoulés depuis "Living on the Edge of Time" (2011). Entretemps, tu as produit d'autres artistes (Juveniles, Miyavi...), fondé ton propre label (Partyfine) et réalisé des musiques de film comme "Marguerite et Julien" de Valérie Donzelli. Dans quelle mesure ces différents projets ont influencé "Nous horizon" ?

J'avais envie de partage et d'échanges après "Living on the Edge of Time", qui a été fait vraiment tout seul, de l'écriture à la production. J'en avais marre de ça et je souhaitais m'ouvrir. Je ne sais pas si ces collaborations en soi ont influencé le nouvel album, mais en tout cas ça a joué sur l'état d'esprit. Le précédent était beaucoup plus sombre, fermé et mental. Celui-ci est davantage tourné vers l'extérieur, d'où le titre : "Nous horizon". Ce "Nous", c'est à la fois la façon dont le disque a été fait et dont j'ai envie de le donner aux gens.

Quel a été le déclic pour commencer à travailler sur ce nouvel album ?

Rien de spécial. J'ai une façon particulière de faire de la musique : je passe beaucoup de temps en studio et quand je fais un break c'est pour plancher sur un autre projet en parallèle. J'appuie sur la touche 'record' et je délire sur un synthé, ou je joue des trucs qui me permettent de constituer progressivement une sorte de banque d'improvisations. Au bout d'un certain temps, je rouvre tout ça et c'est comme un puzzle que je reconstitue, en superposant différentes bribes de sons. Je fais plus du bricolage que de la musique, en fait. J'ai commencé à travailler sur cet album il y a deux ans, mais il y a des choses que j'avais déjà enregistrées avant, comme le morceau introductif Golden Hands, réalisé assez peu de temps après mon précédent disque. Même s'il a plus de quatre ans, je savais que ce morceau ouvrirait mon prochain album.

Était-ce une volonté ces deux plages planantes en guise d'intro et de conclusion à "Nous horizon" ?

Oui, complètement. Je voulais que ça fasse une boucle, que l'album propose une balade. J'aime ce genre de disque qui est cohérent sans être monolithique. Avec un début et une fin calme.

Comment est née ta rencontre avec l'astronaute Thomas Pesquet qui a tourné les images du clip de Live Alone ?

Je l'ai rencontré un an avant qu'il parte sur la Station Spatiale Internationale. Il me citait dans une interview, alors j'ai voulu prendre contact avec lui car de mon côté je suivais son aventure avec intérêt. Après avoir échangé avec lui sur Twitter, on s'est vu deux fois avant qu'il parte. Je lui ai passé mon album en exclusivité en novembre dernier, juste avant le début de sa mission. C'est d'ailleurs marrant de se dire que le premier humain - à part mon cercle très proche - à avoir écouté "Nous horizon" l'a fait depuis l'espace. Il m'avait dit qu'il utiliserait peut-être des extraits pour illustrer des vidéos. Puis, une fois parti, je me suis dit que ce serait bien de faire quelque chose d'un peu plus construit. On a finalement eu l'idée du clip.

Comment est née l'idée de mettre en parallèle le travail en studio sur les machines et la vie dans la Station Spatiale Internationale pour le clip de Live Alone ?

Je suis assez fan de tout ce qui touche aux avions et à l'espace. Quand on regarde les vieux cockpits de 747, on se rend compte qu'il y a beaucoup de ressemblances avec les synthés modulaires. C'est exactement la même chose, les mecs sont devant des armoires de boutons. Pour le clip, j'avais à la base une idée plus académique, puis le réalisateur Jérôme de Gerlache m'a suggéré cette idée d'analogie, qui marche très bien et donne quelque chose de très poétique.

Tu t'étais déjà mis en scène dans un studio d'enregistrement pour le clip de Sweet Addiction. C'est important pour toi de vulgariser le travail de studio ?

Pas du tout. C'est juste qu'il y a quelque chose d'ambivalent chez moi : j'ai envie d'incarner ma musique, mais en même temps - je l'ai fait une fois et je ne recommencerai plus - je ne me verrais pas faire un clip où je chante face caméra. Je préfère incarner la musique comme un spectre, à l'image de ce que je fais dans le clip de Sunrise (dans lequel Yuksek joue d'un instrument en arrière-plan d'une histoire où l'on suit le quotidien d'un couple de Los Angeles, ndlr).

Cet album est très différent du précédent, avec des sonorités disco, soul, pop, voire jazzy. Y a-t-il des influences majeures derrière "Nous horizon" ?

Pas particulièrement. Le disco bien sûr, même si pour moi c'est une période très précise : de 1978 à 1982. C'est le New York de l'époque, les gays, les blacks. C'est-à-dire une musique qui suinte, très punk en fait. Rien à voir avec ce qu'on entend par disco en France, soit les années 1980, "Flashdance" et tous ces trucs-là. Je respecte, mais ça ne me touche pas comme la musique de Larry Levan par exemple.

Il y a sur "Nous horizon" des sonorités inédites avec des instruments comme le saxophone, le vibraphone ou le güiro. D'où vient cette ouverture à des sons peu familiers de l'électronique ?

Le vibraphone, c'est finalement assez proche des textures électroniques. Pareil pour les ondes Martenot. Le solo de saxophone, c'était un peu un fantasme que je n'avais jamais osé. Je l'assume complètement et c'est vraiment du premier degré. Quant au güiro, j'avais envie de m'amuser avec ce côté exotique. C'est un voyage au Brésil il y a deux ans et demi qui m'a donné envie d'explorer ces sonorités. Le Brésil est l'un des derniers pays dans lequel on entend de la musique locale dans les lieux publics. Ce qui n'est plus le cas nulle part, avec cette même musique internationale très formatée.

Quel serait le meilleur endroit pour écouter "Nous horizon" ?

Un endroit où l'on se sent bien, avec le soleil et la mer idéalement, mais même pas forcément. Juste un lieu où on est détendu. Tout sauf un club sombre à 4h du matin.

 
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