EXCLU - Jain : "Je voulais mettre en avant le contraste entre ma musique et moi"

EXCLU - Jain : "Je voulais mettre en avant le contraste entre ma musique et moi"©Columbia/Sony, DR
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Sébastien Jenvrin, publié le 1 mars

Heureuse perdante des dernières Victoires de la Musique - sa prestation enflammée l'a propulsée numéro 1 des ventes sur iTunes -, Jain est la nouvelle sensation de la variété française. De sa rencontre avec Yodelice à ses influences africaines, la jeune artiste nous donne les clés de son univers contrasté. Rencontre.

Pourquoi avoir choisi de te produire sous le nom de scène Jain ?

J'ai choisi ce pseudo quand j'avais 16 ans. Je n'avais pas envie d'utiliser mon vrai nom car je n'avais pas dit à mes amis ni à ma famille que je composais des morceaux. En parallèle, alors que je cherchais un pseudo, je suis tombée par hasard sur une phrase jaïniste - une religion indienne -, qui disait 'Ne sois pas déçu si tu perds et ne deviens pas fier si tu gagnes'. C'est un dicton qui m'a beaucoup inspiré. Le mot Jain est donc une double référence : à la religion jaïniste et à mon prénom Jeanne.

Comment est née l'idée de l'uniforme robe noire/basket blanche, à la base de ton personnage ?

Je trouvais cela important d'avoir une tenue de scène pour pouvoir créer quelque chose qui me dépasse un petit peu. Je voulais pouvoir répéter une sorte de rituel avant chaque montée sur scène, marquer un passage officiel. La robe à col Claudine me correspond assez bien car je suis quelqu'un de sobre dans ma manière de m'habiller. Je n'avais pas envie de jouer la carte multiculturelle, avec plein de couleurs. Je voulais mettre en avant le contraste entre ma musique et moi.

Que ce soit sur la pochette de l'album, dans les clips ou les prestations scéniques, il y a un vrai effort graphique. D'où viennent tes influences à ce niveau ?

Pour le graphisme, comme pour la musique, j'amène mes idées, puis des gens plus pros, plus pointus que moi - comme Yodelice ou les photographes avec lesquels j'ai travaillé -, apportent un nouveau souffle. Mon inspiration de graphiste vient du Pop Art, qui dégage quelque chose de punchy et des images d'une certaine symbolique. C'est un mouvement qui me parle, notamment les travaux de Jean-Michel Basquiat, même si c'est à la limite du Pop Art. L'énergie qu'il utilise et les couleurs me fascinent.

Tu es à la fois déesse (Shiva sur la pochette de l'album), guerrière africaine avec les rythmes tribaux de "Makeba" et enfant ("Zanaka" veut dire "enfant" en malgache), ne serais-tu pas un peu schizophrène ?

Ce n'est pas de la schizophrénie, je pense juste que l'on n'est pas du tout binaire, que chaque personne est multiple. C'est faux de montrer une image de soi qui ne va que dans un sens, alors que dans la vie de tous les jours on a des périodes : on est à la fois un grand enfant parfois, hyper-sérieux d'autres fois, de bonne humeur, de mauvaise humeur, etc. On passe forcément par des états différents, rien de plus. La personnalité de chacun est simplement plus complexe que ce que l'on veut croire.

Ton album est truffé de références à l'Afrique où tu as passé une partie de ton enfance et de ton adolescence, cette période de ta vie te manque-t-elle ?

J'adore ma vie d'aujourd'hui à Paris, qui me permet de découvrir encore de nouvelles influences. Et je pense qu'il faut aller de l'avant. Après, c'est vrai que j'ai passé des années merveilleuses au Congo, à Abu Dhabi et à Dubaï. J'y ai découvert des rythmes musicaux que je n'aurais sans doute pas entendus en grandissant en France. Il y a sans doute une part de nostalgie dans tout ça.

Tu as écrit tes premières compositions à Pointe-Noire au Congo, qu'est-ce qui t'as donné le déclic pour te jeter à l'eau ?

Je ressentais à l'époque un fort besoin de m'exprimer, mais pas par les mots. Je me suis alors réfugiée dans la musique et l'écriture. Ce que je trouvais intéressant dans la musique, c'est qu'elle permet de cacher en même temps qu'elle dévoile les sentiments. Quand on est ado, que l'on déménage souvent comme je l'ai fait, on perd beaucoup d'amis et d'amours. Ce déracinement m'avait blessé, jusqu'à ce que je me rende compte que cela pouvait aussi être une force. J'ai donc transcendé ce sentiment en musique.

Quelle influence sur ta musique a eu ta rencontre avec le beatmaker congolais Mister Flash ?

A l'époque, je n'y connaissais absolument rien en méthode d'enregistrement. C'est lui qui m'a initié au premier logiciel que j'ai utilisé pour faire mes programmations rythmiques, avant de mettre mes maquettes sur MySpace. Tout est parti de là puisque ces démos m'ont permis d'être repérée par mon manager et par mon producteur, Yodelice.

Comment s'est passée la collaboration avec ce dernier ?

Je l'ai rencontré une première fois dans son studio à Paris quand j'avais 16 ans. C'était très spontané et naturel. Il n'a pas cherché à m'emmener là où je n'avais pas envie d'aller. C'est lui qui est venu dans mon univers, ce que j'ai beaucoup apprécié. Mais à cet âge, je ne me sentais pas prête pour sortir quoique ce soit, j'avais aussi envie de terminer ma prépa en arts. Je suis revenu le voir quand j'avais 21-22 ans et on a commencé à travailler ensemble. On fonctionne véritablement comme un duo. Dès que je suis satisfaite de mes maquettes, paroles et musiques comprises, je lui fais écouter et on retravaille en studio. Il m'apporte alors son expérience et son savoir-faire de musicien et producteur, tout en respectant mon univers.

Comment est venue l'idée de rendre hommage à Miriam Makeba (auteure du tube "Pata Pata") sur la chanson "Makeba" ?

C'est ma mère qui m'a fait découvrir sa musique. Je me suis rendu compte que peu de gens de ma génération connaissait ses chansons et son combat. Cela m'a donné envie de lui rendre hommage et de faire une sorte de Makeba 2.0.

Quels sont les artistes contemporains qui t'ont le plus influencé ?

De manière générale, je n'écoute pas beaucoup de musique contemporaine. Quand je suis rentrée à Paris, j'ai beaucoup écouté de l'électro, des choses comme Daft Punk ou Justice, mais est-ce vraiment contemporain ? Muse également - leurs vieux albums, je précise -, et Vampire Weekend. Mes goûts sont plutôt vintage. Beaucoup de Beatles et de soul des années 1960, comme Otis Redding, Aretha Franklin, Sam Cooke. Des classiques du jazz vocal aussi comme Nina Simone et Ella Fitzgerald.

Ton album est à la fois pop, folk, electro, world et reggae : y-a-t-il un autre genre musical que tu aimerais aborder à l'avenir ?

J'aimerais bien tout essayer. Du disco, du funk, du hip-hop... mais toujours à ma sauce. J'adorerais collaborer avec un artiste de hip-hop. Kendrick Lamar, ce serait le rêve.

Comment s'est passée ton expérience des Victoires de la Musique ?

J'étais super heureuse d'être nommée, un peu sonnée même. Surtout en "Meilleur album révélation", qui est une belle catégorie. Pas déçue de ne pas avoir gagné. Louane le méritait.

As-tu d'autres projets après ta tournée imminente ?

Sortir un deuxième album. J'ai déjà quelques nouvelles chansons. Je vais en jouer deux inédites dans mes concerts, histoire de les tester un peu auprès du public.

A quoi ressemblent-elles ?

Hum... C'est une surprise !

 
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