EXCLU - IAM : "Rêver, c'est devenu un challenge"

EXCLU - IAM : "Rêver, c'est devenu un challenge"©Didier Deroin, DR
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Clara Lemaire, publié le 14 mars

Quatre ans après "Arts martiens" et "...IAM", les rappeurs marseillais sont de retour et font leur "Rêvolution" avec un nouvel album engagé, mais également plein d'espoir. Shurik'n a accepté de nous en dire un peu plus sur ce huitième LP, disponible depuis le 3 mars.

Que se cache-t-il derrière le mot "Rêvolution" ?

Shurik'n : Le plus important dans ce titre, c'est l'accent circonflexe. C'est un mot issu de la contraction des mots "rêve" et "évolution". À travers ça, on enseigne à nos enfants de continuer à rêver dans une société où on tue le rêve très tôt, en mettant l'accent sur le côté matérialiste et égocentrique qu'on peut voir sur les réseaux sociaux par exemple. La société prône des valeurs qui ne sont pas vraiment celles qu'on a envie de laisser aux futures générations. Bizarrement on ne rêve plus, alors que ça permet l'espoir. Si on a bien besoin d'une chose après les deux années qu'on vient de passer c'est d'un peu d'humanité et de bon sentiment. Aujourd'hui, rêver c'est devenu un challenge, mais en même temps on n'a pas le choix, il faut le relever.

Cette société est-elle devenue trop cruelle ?

On finit par voir le monde à l'envers. Être "trop gentil" c'est devenu négatif, on est complètement dans le faux. Voilà ce qu'on va laisser à nos enfants : "Pense qu'à ta gueule, n'ai pas peur de t'élever par rapport aux autres, même s'il faut appuyer sur quelques têtes." Mais ce n'est pas cette évolution-là qu'on veut. Nous on veut une évolution à tous les niveaux, mais surtout au niveau des rapports humains. Et au niveau de certains politiques aussi, parce qu'il y a des décisions importantes à prendre. C'est bien beau de nous demander notre avis, mais il y a des gens qui sont payés pour ça et qui ne le font pas.

Vous ouvrez l'album avec le titre Depuis longtemps dans lequel vous demandez à tous les MC's de mettre "le plaisir d'abord". C'est ce que vous essayez de faire avec ce huitième disque ?

C'est ce qu'on a continué à faire, parce que c'est ce qu'on a toujours fait. On a ce côté où on est restés de grands enfants, voire des grands bêtas, et c'est vrai qu'on a encore des rêves d'ados. On a encore cette naïveté où on s'émerveille tous les jours. On continue à apprécier ces moments-là et on essaye un maximum de voir le verre à moitié plein. C'est aussi une philosophie de vie et l'un des moteurs principaux du groupe, tout comme le rêve. On a toujours cette passion commune pour cette musique, la façon de la diffuser, de la faire et on a encore des choses à dire.

Dans Orthodoxes vous dites "Dans tout le pays on voit que ça fait 20 ans/Que les choses n'ont pas bougé d'un cran". Comment sera l'état du pays dans 20 ans d'après vous ?

Je ne sais, mais j'ose espérer qu'on ne viendra pas nous dire pour la énième fois, que nos paroles sont encore d'actualité. Ça voudrait dire que ça fait 40 ans que ça ne bouge pas. Quand on nous dit qu'on était des visionnaires, c'est gratifiant pour nous, mais c'est déplorable pour le pays. Aujourd'hui on se dit "putain, mais quel immobilisme ! Quel arrêt dans le temps".

Cette situation peut-elle s'améliorer d'après vous ?

En fait, certaines aberrations deviennent banales. On ne peut pas se contenter de ça, parce qu'il y a trop de dérives. Prenons l'affaire Théo, c'est quoi ces excuses du gouvernement de Vichy ? Il a glissé, on a glissé, le pantalon, la matraque, tout le monde a glissé. Il y avait des signes avant-coureurs à l'époque, mais là c'est pas possible. Les gens découvrent ça aujourd'hui, mais quand j'étais plus jeune, ça m'est déjà arrivé de rester quatre ou cinq heures accroché au radiateur avec des menottes qui deviennent bouillantes autour des poignets. Ça a toujours été, mais là on atteint des sommets.

Vous allez bientôt partir en tournée avec votre album mythique "L'École du micro d'argent", que représente-t-il pour vous aujourd'hui, 20 ans après sa sortie ?

C'est vraiment l'album qui nous a ouvert les portes du grand public. Mais au départ, quand on l'a fait écouter à la maison de disques, ils se sont mis les mains sur la tête en disant "C'est un album beaucoup trop dur, beaucoup trop virulent, les propos sont trop sombres". C'est vrai que c'est un disque qui a marqué tout le monde, et nous d'abord. Il y a même des gens qui viennent nous parler des paroles mais qui n'étaient même pas nés quand il est sorti ! Notre fierté là-dedans elle est dans le fait d'avoir été jugés dignes d'être transmis.

Pensiez-vous à l'époque que ce disque allait marquer plusieurs générations ?

Non, tu penses pas à ces choses-là quand tu fais un album. Tu mets tes tripes dedans, mais après c'est alea jacta est, les gens en font ce qu'ils veulent bien en faire. Le processus créatif c'est une démarche complètement égoïste, les seuls critères dont tu tiens compte ce sont les tiens. Donc nous on était contents, on était pleinement satisfaits de cet album, mais on n'imaginait pas qu'il allait autant marquer le public.

Pensez-vous déjà à certains invités ?

On fait tout ce qu'il faut pour en avoir, mais c'est encore en cours, on travaille ardemment dessus. L'idéal serait d'avoir tous les acteurs qui interviennent sur cet album. Y en a certains avec qui on a gardé un contact, mais y en a d'autres on ne sait pas où ils sont, il va falloir les retrouver ! On veut se faire plaisir à nous aussi.

Les groupes de rap se font de plus en plus rares maintenant, beaucoup recherchent le succès en solo. Quel regard portez-vous sur l'amitié sans faille qui vous unit depuis toutes ces années ?

On est d'abord des amis de longue date, des amis d'adolescence et on a cette vision commune. On est des animaux de meute aussi, c'est-à-dire qu'on aime bien travailler en groupe. On rebondit sur plein de choses, les discussions à plusieurs sont beaucoup plus intéressantes. Et même si on a tenté des expériences en solo, même si on s'est éclatés à faire d'autres projets, on a toujours tous pris conscience dès le départ que ce n'était que des aires de repos, et que le véhicule sur l'autoroute c'était IAM.

Vous avez une base de fan qui vous suit depuis plusieurs décennies maintenant, qu'est-ce que ça vous fait d'avoir autant de soutien ?

Ça nous bluffe toujours. La chance qu'on a c'est d'avoir eu un public hyper fidèle, hyper loyal et toujours présent malgré le temps. L'envie de faire des albums, on l'a toujours. Mais c'est sûr que quand on revient de tournée où on a croisé des tonnes de gens, des sourires, de la bonne vibe, des bonnes impressions, c'est eux qui nous donnent cette envie d'aller au-delà de la passion qu'on a.

 
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