EXCLU - Fishbach : "J'aime autant John Carpenter que Daniel Balavoine"

EXCLU - Fishbach : "J'aime autant John Carpenter que Daniel Balavoine"©Yann Morrison, DR
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Sébastien Jenvrin, publié le 24 janvier

Révélation 2016, la chanteuse Fishbach confirme l'essai avec un premier album à la beauté envoûtante. Un disque qui envoie balader les frontières, entre le réel et le fantastique, le masculin et le féminin, la musique indé et la variété. Comme Bashung, Flora, de son prénom, a retranché la lettre "c" de son patronyme pour se créer un double scénique. Autour de cinq mots-clés, la jeune Ardennaise de 25 ans a accepté de dévoiler un peu de son univers.

Variété

"J'aime bien le côté variété, général, qui peut parler à tout le monde. J'ai une culture populaire, qui est inconsciente et remonte à quand j'étais gamine. Puis, avec l'arrivée d'Internet, j'ai commencé à me diriger vers des choses plus pointues et indés. Sauf qu'en réalité, les deux se complètent. Je suis autant influencée par la musique de John Carpenter que par Daniel Balavoine et je pense qu'il faut se nourrir de tout. Ce que j'aime aussi, c'est écouter les musiques peu connues des artistes populaires, comme Le Physique et le figuré de Serge Gainsbourg, qui est carrément de la techno. Pierre Vassiliu, par exemple, sa carrière n'a absolument rien à voir avec son tube Qui c'est celui-là ? C'est de la variété super noble, voire de la musique indé en fait. Balavoine a aussi fait des trucs bien plus dark, mais peu connus, que ses grands tubes. D'ailleurs, je ne veux pas spoiler mais il n'est pas impossible que, prochainement, je sorte une reprise de Jean-Jacques Goldman."

Rimbaud

"À ce qu'il paraît, Rimbaud, c'est un mec qui a écrit des trucs beaux et qui a vécu à Charleville-Mézières, comme moi. Mais, pour être franche, je ne l'aime pas. Tous les habitants de Charleville-Mézières ont un portrait de lui dans leur maison. On lui voue un culte incroyable alors qu'il détestait la ville. C'était un petit con arrogant et prétentieux, qui a certes écrit des choses jolies, mais n'exagérons rien. En plus, il a fini marchand d'armes... La seule chose pour laquelle je peux remercier ce garçon, c'est qu'il nous a ramené Patti Smith, qui est une archi-fan de Rimbaud et vient se recueillir tous les ans sur sa tombe, en mode pèlerinage. C'est à cette occasion que je l'ai découverte sur scène, en concert à la basilique Notre-Dame d'Espérance, lorsque j'avais 19 ans. Je me souviens m'être pris une claque, une leçon de chant et de classe, avec ce show au cours duquel elle a joué "Horses" (1975), son premier album culte."

Androgyne

"Je dirais aussi peut-être 'asexué'. L'une des raisons que j'ai de me réjouir de notre époque, c'est que l'on remet en question ce qu'est la féminité. Qu'est-ce qu'être un homme, qu'est-ce qu'être une femme ? Enfant, j'étais très garçon manqué, et j'ai appris progressivement à devenir 'fille' pour ne plus faire peur aux garçons. Grâce à la musique, j'assume désormais ma part de virilité et aussi ma part de féminité, qui n'est pas celle des codes traditionnels. Quand je m'entends bien avec une personne, je m'en fous que ce soit un homme ou une femme. Ce n'est pas une question de bisexualité, juste de l'asexualité, c'est-à-dire aimer l'individu pour ce qu'il est. Quand je chante 'j'attendrai mille ans mon garçon', je ne parle pas forcément d'un garçon, c'est juste une personne. J'en ai marre des stéréotypes de genre, comme 'un homme n'a pas le droit de pleurer' ou une 'femme n'a pas le droit de cracher par terre'. Dans la musique, David Bowie a beaucoup cassé tout ça, et permis à des gens de se réunir, se rencontrer sans avoir à se justifier de leur sexe. Avec mon personnage de Fishbach, j'aime le trouble, le fait que l'on ne puisse pas dater ma voix, ni la sexuer."

Croque-mort

"Dans ma famille, on a un rapport à la mort assez particulier, d'où ce thème hyper-présent dans mes chansons. Je viens d'une famille avec beaucoup de gens malades, où ma mère s'occupe de personnes âgées et mon oncle est croque-mort. C'est le seul de la famille à avoir monté une entreprise... dans les pompes funèbres. Il a embauché tous ses frères, du coup, dans les repas, ils racontaient comment on s'occupe des cadavres, etc. Je n'ai donc jamais ressenti la mort comme quelque chose de tabou. Je ne suis pas habillée "emo", mais je me considère effectivement comme une chanteuse gothique parce que j'ai cette façon de sublimer le tragique, de le relativiser. Par ailleurs, j'aime beaucoup l'esthétique qui va avec la mort. J'ai une fascination pour Le Caravage et Georges de La Tour. La photo qui a servi de pochette a été influencée par ces ambiances-là, d'où ce personnage qui se donne complètement et fait flipper dans le même temps. Y a un côté 'je vais te bouffer' et en même temps 'tranche-moi la gorge'."

Trans Musicales

"Les Trans Musicales m'ont permis d'aller chercher au plus profond de moi. D'abord, dans le fait de créer un spectacle avec des musiciens - une première pour moi. Des musiciens qu'il a fallu que je choisisse. J'ai choisi des gens qui me complètent, qui ne sont pas ce que je suis. Ensuite, parce que j'ai créé un décor. J'ai proposé aux organisateurs de recréer ce que j'appelle 'mon purgatoire', à savoir ma chambre chez mes parents, à Charleville-Mézières. Tout le monde a suivi mon idée, ce qui était plutôt cool. Résultat : après un mois et demi de travail acharné pour organiser tout ça, ça a été un moment ultra-intense, ultra-beau. Ce spectacle, on le reproduira ailleurs, notamment à La Cigale en mars prochain."

L'album de Fishbach, "À ta merci", sort le 27 janvier sur le label Entreprise. La chanteuse sera en tournée du 23 février au 28 avril, avec un passage à La Cigale (Paris) le 14 mars.

 
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