EXCLU - Benjamin Biolay : "Palermo Hollywood est un disque d'amour"

EXCLU - Benjamin Biolay : "Palermo Hollywood est un disque d'amour"©Mathias Augustiniak, DR
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Sébastien Jenvrin, publié le 22 avril

Moins d'un an après s'être changé les idées sur un disque-hommage à Charles Trenet, Benjamin Biolay revient avec "Palermo Hollywood", qui renoue avec les sommets de "La Superbe" (2009). Façonné en grande partie en Argentine, ce septième album studio est une oeuvre à la fois mélancolique et dansante, dont le souffle cinématographique emporte l'auditeur dans un fantasme de virée transatlantique.

La scène se passe dans le jardin d'un hôtel du VIe arrondissement de Paris. Entouré de son équipe de promotion, Biolay finit de dédicacer quelques CDs de Palermo Hollywood pour un concours. Il porte un t-shirt échancré au niveau du poitrail, laissant apparaître une chaîne sur laquelle pend une petite croix. Une dégaine entre dandy et vieux rockeur, "à la fois trop plouc et trop chic", comme il le chante dans Palermo Queens. Une fois la corvée terminée, le chanteur nous rejoint à l'intérieur. "Comment se passe la promo ? Atroce", lâche-t-il d'un air blasé. Il faut dire que la veille, une série d'articles parus sur la Toile renvoyait l'image d'un type insultant la terre entière, du chanteur d'Eagles of Death Metal à Henri Salvador, en passant par Valérie Trierweiler. Un peu distant, sans doute méfiant, Biolay n'a finalement rien de cet artiste arrogant qui fait les choux gras de la presse people depuis déjà un moment. Plutôt affable, on sent au fil de la discussion un désir de communiquer sa passion pour l'Argentine, le pays qui est au coeur de son nouveau disque, le football, le cinéma et l'amour, toujours.

Est-ce qu'enregistrer à Buenos Aires a été une manière pour vous de disparaître ?

Non, pas vraiment car c'est un peu chez moi là-bas. Si un jour il y avait disparition ce serait plus spectaculaire... C'est une ville qui m'inspire depuis très longtemps car elle est remplie d'âmes et de musiciens précieux. L'été 2015, j'ai commencé à écrire mes nouvelles chansons, et il m'a paru logique d'aller tout enregistrer là-bas, sinon ça allait être une espèce de disque de synthèse. Un peu comme si on voulait faire un film sur New York mais qu'on le tournait à Toronto.

Qu'a-t-il de particulier ce quartier, Palermo Hollywood ?

C'est un quartier central, très européanisé au sens commercial. Par exemple, à l'intérieur du quartier il y a Parlermo Soho, qui ressemble au Soho de New York ou de Londres. C'est davantage pour le nom que j'ai choisi ce titre d'album. L'endroit à Buenos Aires où j'aimerais résider, c'est plutôt Villa Crespo, que l'on surnomme "Palermo Queens", mais c'est bien plus vieux et authentique que Palermo Hollywood. On n'y croise que des Porteño (habitants des villes portuaires en Amérique du Sud, ndlr).

Elle remonte à quand votre passion pour l'Argentine ?

Depuis que je suis un jeune homme, je rêve de l'Argentine, avec pléthore d'idoles comme les footballeurs Maradona, Gabriele Batistuta, mais aussi Ernesto Guevara, ou, pour le côté romantique plus que pour son legs politique, Evita Perón. Je trouvais aussi Gabriela Sabatini charmante. Tout un monde fantasmé, quoi. Et puis, ça s'est concrétisé il y a dix ans lorsque j'ai commencé à m'y rendre pour faire des concerts.

L'album a été pensé comme la bande-son d'un film imaginaire. Quel genre de film ?

Un film qui aurait pu être à la fois une épopée à travers l'Argentine, et quelque chose de plus simple comme Victoria (2015), ce long-métrage tourné entièrement en plan-séquence dans Berlin, et qui raconte l'histoire d'une touriste espagnole qui rencontre une bande de lascars allemands dans la nuit et sa vie bascule en deux heures et demi.

Votre manière de travailler le clavecin est d'ailleurs assez cinématographique...

Je ne m'en suis volontairement pas servi de manière baroque, mais très Morriconienne. C'est un instrument qu'il a choisi pour décrire le désert et les grands espaces. Il s'en sert de manière très simple, souvent avec des contrechamps marqués par peu de notes. Mais il le sature comme une guitare électrique et lui ajoute une énorme réverbération qui fait que les notes durent une éternité.

Palermo Hollywood évoque autant Ennio Morricone que Manu Chao, Goldfrapp que Serge Gainsbourg. Est-ce que ce sont des influences que vous revendiquez ?

Bien sûr, tous ceux-là, même si je ne me suis pas façonné à coups d'oeuvres entières de Morricone et de Goldfrapp. Mais ce sont des disques en particulier, comme Felt Mountain (premier album de Goldfrapp sorti en 2000, ndlr.) qui m'ont fait voir du paysage.

Vous n'êtes pas soûlé de la comparaison avec Serge Gainsbourg ?

Non, c'est justifié pour cet album, car je reconnais que la démarche est proche : aller chercher des sons, des rythmes et des musiciens dans un pays étranger pour continuer à faire de la chanson française. Après, il y a aussi le talk-over, comme sur Tendresse, année zéro, qui repose sur une musique assez répétitive, mais jouée. Melody Nelson est mon album préféré de toute la discographie de Serge Gainsbourg. Il me rappelle mon enfance et mon adolescence. Sa découverte a été un choc musical et esthétique.

Il y a aussi ce clin d'oeil à Burt Bacharach sur "La Débandade" avec cette trompette...

C'est moi qui joue ces quelques notes de trompette. Je suis un bon riffeur, mais ça sonne souvent très Burt Bacharach ou Lalo Schifrin, qui est Argentin par ailleurs. C'est totalement assumé, et la comparaison est un grand compliment.

Pourquoi avoir choisi d'insérer un sample du commentateur et journaliste uruguayen Victor Hugo Morales sur "Borges Futbol Club" ?

Tout simplement parce qu'il s'agit d'un extrait du "but du siècle" (célèbre but inscrit par Maradona avec l'équipe d'Argentine contre l'Angleterre lors du Mondial 1986, ndlr.) et qu'il s'agit d'un pan de la culture argentine. On en retrouve des représentations sous forme de flip book, de vidéos, de gravures, de fresques murales. Ce but est symbolique car il a un peu un goût de vengeance après la guerre des Malouines.

Diriez-vous de "Palermo Hollywood" que c'est un disque de rupture ?

Oui, dans le sens où c'est un disque d'amour, et dans le concept d'amour, il y a la rencontre et, malheureusement dans bien des cas, il y a la rupture un jour. C'est un disque d'amour, c'est évident. Je chante quand même : 'J'ai connu le grand amour quelques fois'.

 
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